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Brexit modèle ou repoussoir pour un Frexit ?

samedi 25 juin 2016

« En votant pour la dissociation de l’Union européenne, la plupart des électeurs ont glissé dans l’urne un bulletin de contestation : défiance à l’égard des élites londoniennes et bruxelloises, cri de colère contre des politiques qui plombent les classes populaires, appel au secours pour être entendus… » [1]

Les analyses du Brexit me rappellent les avatars subis par le Projet de rapport sur l’état de la France en 2013 au Conseil économique social et environnemental. Nos recommandations débutaient par [2] :

Le destin et les orientations de la France sont indubitablement liés à ceux de l’Union Européenne. On mesure ainsi l’importance des enjeux accompagnant les futures élections européennes.
Notre assemblée sait que les peuples européens lui doivent la paix depuis soixante ans, la consolidation et l’élargissement de la démocratie et de l’état de droit. L’Union assure la promotion des droits de l’Homme. La peine de mort y est abolie. Malgré de fortes disparités et une crise qui se prolonge, les Etats qui la composent assurent un filet de protection plus ou moins important selon les pays. L’environnement y est protégé de façon relativement homogène et l’Union s’est engagée dans une politique effective de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Le modèle d’intégration que l’Union européenne met en œuvre est observé par de nombreux pays dans le monde. Son marché intérieur, le premier mondial, lui assure un poids économique apprécié. Avec hésitation et retard trop souvent mais avec succès jusqu’à présent, la zone euro a su relever le défi des crises financières qui ont débuté aux Etats-Unis.
Les avancées et les bienfaits de la construction européenne ne peuvent pourtant pas cacher les difficultés et les doutes qui naissent et s’expriment de plus en plus ouvertement sur ses orientations. En témoignent les populations quand elles ont été consultées sur les institutions européennes. L’opinion publique révèle une défiance croissante des citoyens. Cette défiance renvoie entre autres à la gouvernance de l’Union qui tend à sortir du débat public les orientations de politique économique, ces dernières étant réduites à des normes qu’il faut appliquer quelles qu’en soient les conséquences sur les populations. Les partis euro-sceptiques gagnent en audience dans tous les pays au risque de devenir majoritaires au Parlement européen l’année prochaine. A défaut de solidarités financières importantes entre pays, de convergences économiques et budgétaires suffisantes, la zone euro évitera-t-elle l’éclatement ? Certains économistes suggèrent déjà d’organiser la sortie de la zone euro. Tiraillée par des Etats membres aux caractéristiques économiques différentes, l’Union peut-elle s’adapter à un environnement international de plus en plus concurrentiel, voire agressif ? Le marché intérieur européen souffre de trop fortes disparités fiscales et sociales en son sein. Il est, en outre, particulièrement perméable aux fabrications issues de pays n’ayant pas les mêmes exigences fiscales, sociales, environnementales, au point que l’on s’interroge sur l’interprétation à donner à cette perméabilité défendue au plus haut niveau européen. Les orientations énergétiques incohérentes entre les Etats membres menacent les objectifs communautaires de lutte contre le changement climatique, au point que le président de la Commission européenne doute ouvertement que l’on puisse les atteindre. Sans construction d’une politique et d’un appareil européen d’influence et d’une capacité d’intervention, l’UE est un « nain » géostratégique et son poids dans les négociations internationales est dérisoire.
Pour autant, le CESE ne voit pas d’alternative. L’avenir de la France passe par la poursuite de la construction européenne. Les nouvelles étapes seront difficiles. Aussi, la confiance des citoyens devient un point de passage obligé. Il est indispensable que les processus de décision et leur contrôle démocratique par les citoyens soient améliorés. On pourra alors espérer que chacun perçoive mieux les avantages tangibles de cette construction. C’est à ce titre que les prochaines élections européennes sont porteuses d’un fort enjeu.

Mais, chose qui ne s’était jamais produite auparavant au CESE, une coalition menée par le groupe des entreprises a eu raison de ce projet de rapport qui n’a pas obtenu le nombre de voix suffisant pour être adopté.
On espère que les classes populaires délaissées en France ne choisissent pas prochainement la même voie que leurs homologues britanniques. On espère aussi que les élites françaises et européennes comprennent enfin que leur mépris mène à l’impasse.

Messages

  • ma réaction serait proche d’une inspiration complotiste : pourquoi les entreprises se sont elles opposées à cette proposition qui ne semble pas directement les concerner ?
    peut-être sont elles très favorables à la gouvernance actuelle de l’Europe, ce qui les amène à censurer des propositions démocratisantes ?
    affaiblir l’Europe par le Brexit, c’est aussi fragiliser le rôle exemplaire d’icelle dans la lutte contre le dérèglement climatique : un complot ?
    liquider Canal plus, phagocyter le Monde et le Nouvel Obs : un complot ?
    heureusement Nicolas Hulot se prépare, dans la discrétion, à prendre les rênes, et documente en ce moment même la séquence de ses opérations, j’espère ?
    on avance quand même parce que les faits (cataclysme climatique et biodiversitaire) sont têtus, et on verra bien sûr les productivistes revenir à la raison, une fois que nous mangerons le dernier poisson avec le dernier billet de banque.

  • On oublie toujours qu’un choix est relatif !
    Il est par rapport à autre chose. Et beaucoup se laissent à penser que l’herbe est plus verte ailleurs et ce d’autant plus que certains le leur font miroiter souvent sans éléments tangibles et même au contraire, quelquefois erronées. Un sondage récent dans Le Figaro du 9 juin classe les pays européens par niveau d’Euroscepticisme. Si la Grèce arrive en tête pour les raisons que l’on sait, c’est paradoxalement la Pologne qui est la plus favorable à l’Europe ; à 72 % . Le choix pour elle est clair. L’Europe ou les Russes. De plus, le souvenir est encore vif.
    Pour les Anglais, le choix était l’Europe ou le Grand Large ; l’indépendance transatlantique. Difficile de ne pas etre sensible à ce mirage illusoire, empreint d’un passé glorieux mais lointain.
    Ce vote négatif est important ; malheureusement. Le fait même qu’il suscite des regrets est une forme de démonstration par l’absurde. On ne peut pas utiliser des rendez-vous vitaux de confirmation d’une volonté constructive historique pour les transformer en un forum de contestation sans avoir épuisé au préalable toutes les énergies disponibles au service de cette construction. C’est une question de responsabilité
    Paradoxalement, ce vote négatif verra donc, je pense, se renforcer la prise de conscience du rôle que doit jouer la RSE dans la construction nécessaire d’unions entre les entités, au sommet des quelles se situe pour nous l’Union Européenne.
    Souhaitons donc que dorénavant et grâce à ce retour à la réalité des risques, celle-ci se renforce, s’améliore, s’intensifie et devienne plus performante dans l’intérêt de tous et du bien commun. Et surtout que chacun travaille dans ce sens.

  • Je dois être un peu déconnecté ce matin, mais je n’ai pas compris ce que voulait le groupe des entreprises en votant contre ce rapport : moins de normes, moins de règles contraignantes, donc moins d’Europe pour pouvoir commercer en toute tranquillité ? Cela me semble contradictoire avec les pleurs qu’on entend aujourd’hui chez les britanniques, où tout le monde craint les conséquences économiques de la sortie de l’UE, c’est à dire l’émancipation par rapport à toutes ces "tracasseries" antilibérales contre lesquelles on s’élevait naguère

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