Sentiers

Entre deux

Accueil > Marcher avec ... > Effondrement ou transition

Effondrement ou transition

dimanche 3 janvier 2016

« 

[Comment tout peut s’effondrer ?->http://www.seuil.com/livre-9782021223316.htm]

« Et si notre civilisation s’effondrait ? Non pas dans plusieurs siècles, mais de notre vivant. » Pablo Servigne et Raphaël Stevens apportent beaucoup de soins et d’arguments pour montrer que les menaces qui couvent dans la sphère financière, dans celle de l’économie, dans l’accès aux ressources naturelles, de par les pollutions des milieux naturels, avec les changements climatiques, par l’extinction accélérée des espèces et la déstabilisation des écosystèmes, que ces menaces font à présent système et nous promettent des ruptures radicales dans les toutes prochaines années ou décennies. Cet aspect systémique avait été modélisé dès les années 70 dans le fameux rapport commandé par le Club de Rome : The Limits to Groth. Le modèle établi il y a 45 ans serait toujours approprié. La différence est que nous ne sommes plus dans le temps des prévisions mais dans celui des conséquences de nos indifférences passées.
Ce livre est notamment précieux par la multitude de sources et de références précises engrenées dans de nombreuses notes. Les auteurs dramatisent le propos. Partageant avec le lecteur la succession d’état d’âmes et d’émotions qu’il doit ressentir à la lecture de ce qui attend l’humanité et d’une manière ou d’une autre chacun de nous, ils le prennent par la main vers la Collapsologie. La conclusion paraît inéluctable : oui nous allons vers des effondrements dont « La faim n’est que le début ». Heureusement ouvrent-ils, « Aujourd’hui, les chemins à prendre — car il y en a — sont à peine balisés, et ils mènent à un changement radical de vie, une vie moins complexe, plus petite, plus modeste, et bien cloisonnée aux limites et aux frontières du vivant. L’effondrement n’est pas la fin mais le début de notre avenir. »

Même prêt à partager l’essentiel du diagnostic, faut-il pour autant se laisser emmener jusqu’aux conclusions. Une probabilité d’effondrement serait-elle une certitude ? L’escaladeur est en danger, est-il pour autant certain de chuter ? Durant la guerre froide l’humanité est passée plusieurs fois à deux doigts de sa propre annihilation atomique. Il semble que la compréhension mutuelle des scientifiques américains et russes travaillant sur les conséquences climatiques d’un hivers nucléaire ait lié les protagonistes dans le même destin, le même que celui des escaladeurs encordés, et favorisé l’ouverture des accords de réduction des armes nucléaires. Jean-Pierre Dupuy, largement cité dans ce livre appelle à garder les yeux rivés sur la catastrophe, pour la repousser de façon indéfinie, non pour s’y précipiter.

[Au-delà du marché — Les nouvelles voies de la démarchandisation->http://www.lespetitsmatins.fr/collections/au-dela-du-marche-les-nouvelles-voies-de-la-demarchandisation/]

Le petit ouvrage de Bernard Perret, publié chez Les petits matins vient illustrer que d’autres analyses peuvent rendre compte d’un diagnostic largement accepté. Partageant aussi la conviction de ruptures radicales par rapport aux évolutions tendancielles , il n’en ouvre pas moins des voies bien différentes. Troc, réparation, jardins partagés, échange de logement, crowdfunding, fab-labs, économie collaborative, autant de pratiques sociales, non pas forcément nouvelles, mais ré-émergeant aujourd’hui comme réponses spontanées aux situations de blocage dans nos sociétés. Une part croissante de l’activité sociale met en jeu des valeurs qui ne sont pas des « marchandises », au sens de biens monnayables et appropriables. Bernard Perret explicite comment, à présent, le potentiel de développement des pays riches se trouve dans les marges de l’économie du marché, dans le croisement entre la logique marchande et d’autres logiques sociales. Il apporte en outre une Mise au point théorique précieuse. Face à la complexité, il évite la facilité de l’explication systémique et il ne renonce pas à apporter de la rationalité dans l’analyse.
Échapper au piège de la guerre économique qui discrédite tout projet de transformation du modèle de développement capitaliste, dissocier le bien-être de la consommation marchande en agissant sur l’origine des besoins, en promouvant une conception immatérielle du bonheur et en favorisant les réponses économes en ressources rares, renforcer les liens directs entre producteurs et consommateurs permettant ainsi d’apporter des solutions moins coûteuses et plus adaptées aux besoins essentiels, aménager le temps du travail, cultiver une intelligence et un imaginaire symbiotiques, telles sont quelques unes des mesures politiques que l’auteur propose pour accompagner les mouvances de la société actuelle.
A la suite du rapport de la Commission Stieglitz, Bernard Perret suggère que L’évaluation de la « performance » d’un pays devrait donc reposer, en complément des indicateurs économiques, sur des indicateurs non monétaires portant sur la consommation des ressources non renouvelables et les impacts environnementaux ainsi que sur le bien-être ou la « qualité de la vie ». Il rend ainsi hommage aux 10 indicateurs phare pour compléter le PIB, progrès important fait par la décision parlementaire qui a pu s’appuyer sur le travail conjoint du CESE et de France Stratégie, auquel le Gouvernement a donné une réponse positive avec Les nouveaux indicateurs de richesse, mais progrès qui devra être confirmé dans le temps, débattu et prolongé.

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Lien hypertexte

(Si votre message se réfère à un article publié sur le Web, ou à une page fournissant plus d’informations, vous pouvez indiquer ci-après le titre de la page et son adresse.)