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En Marche vers une Europe du 21ème siècle

samedi 29 avril 2017, par André-Jean

Très belle réussite, Monsieur le candidat Emmanuel MACRON, pour votre prochaine échéance électorale, puis très grand courage car les étapes suivantes ne seront pas moins difficiles.

Les peuples d’Europe, dans leur histoire, ont nourri les valeurs universelles, depuis la démocratie jusqu’aux droits de l’homme. Ils ne sont de loin pas les seuls à avoir ainsi enrichi le patrimoine philosophique, moral, éthique et politique commun de l’humanité, mais ils y ont largement contribué. Regroupés au sein l’Union Européenne, ils constituent la première puissance économique du Monde. Même après le Brexit, des accords associent de nombreux pays dans un ensemble régional solide qui dépasse la seule Union. Ainsi l’Europe conserve toute légitimité et toute capacité à apporter sa pierre, et même plusieurs, à la construction d’un monde humain et fraternel, d’un monde en paix et vivable, d’un monde vivant bien que fragile.

Cette fragilité du monde qui permet la vie et la civilisation humaine est une découverte récente. Car, si « Le temps du monde fini commence » s’inscrit au fronton du Palais de Chaillot depuis 1937, « Les paradoxes du monde fini » [1] sont encore loin d’être partagés par tous.
« Le 21ème siècle [qui] sera spirituel ou ne sera pas », plaide donc pour la réunion des mots qui ont mêmes racines étymologiques : économie et écologie. Comment le 19ème siècle a-t-il pu créer la dispersion du sens ? Oikos, la maison, signifiait le domaine patrimonial qu’il fallait gérer au mieux pour assurer la subsistance de la famille et la possibilité pour son chef de participer à la construction et à la vie du bien commun, la cité grecque. Comment ce 19ème siècle dont la science et le commerce avaient embrassé la planète entière a-t-il feint d’ignorer que cette maison s’était élargie à toute la terre, habitat de l’humanité, lui fournissant nourriture, ressources et bienfaits ? L’Europe qui a tant contribué à l’émergence de l’humanisme a aussi terriblement participé aux dérives des deux derniers siècles. Le progrès y a été instrumentalisé pour exacerber les concurrences, les nationalismes et les guerres, aboutissant aujourd’hui au rejet d’une mondialisation réduite à la caricature d’un individualisme systématisé à l’échelle globale.

Pourtant les représentants des États sous la pression des faits mis en exergue par une alliance de scientifiques et de groupements de citoyens, avaient pris la mesure de ce qui était en jeu. Trois conventions internationales sont le fruit de Rio 1992 sur trois objectifs essentiels pour notre maison commune : conserver la fertilité des sols, en luttant contre la désertification ; préserver la diversité des formes vivantes issues de centaines de millions d’années d’évolution ; éviter des changements climatiques chaotiques et destructeurs. L’Europe, encore elle, heureusement, était fortement impliquée dans ces initiatives. Elle le reste, mais insuffisamment. Elle est traversée par les doutes. Trop d’Européens se sentent abandonnés ou relégués. Trop nombreux sont ceux qui craignent que la construction du monde se fasse à leur détriment.

Et pourtant, la France, l’Europe, ont accueilli la conférence des parties adoptant l’Accord de Paris sur le climat en décembre 2015. Tout est dit à nouveau, tout reste à faire en réalité. Même pour notre seule Europe, les mesures en place ne suffisent pas à remplir nos obligations : diviser par plus de 4 nos émissions de gaz à effet de serre d’ici 2050 et atteindre la neutralité carbone avant la fin du siècle. Les mesures envisagées pour 2030 et 2050 ne suffisent pas non plus. Or l’Europe peut trouver dans cette perspective une formidable opportunité : l’assurance de réduire la dépendance énergétique de toute la zone européenne vis-à-vis du reste du monde ; l’investissement d’un programme anti-austérité de 15 000 milliards d’euros d’ici 2050, 50 fois le plan Junker mais moins de 1 000 euros d’investissement par habitant et par an représentant moins de 3 % du PIB de l’UE ; l’équivalent de la constitution de la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA), autre traité de Paris signé en 1951 ; la possibilité de se positionner économiquement et culturellement à l’échelle mondiale sur l’un des principaux enjeux du siècle. D’autres problèmes majeurs trouveront issue dans l’économie post-carbone. La voiture et l’étalement urbain devront laisser plus de place et de moyens à des services collectifs innovants pour que les familles précaires du milieu rural, du périurbain ou des centres villes dévitalisés renouent avec l’espoir ! Il y faudra du temps, motif pour ne pas procrastiner.

Pour cela, Monsieur le candidat, vous devrez être exigeant dans les futures discussions concernant la poursuite de la construction européenne. Vous devrez constater et faire reconnaître, comme l’expriment à leur manière et par leur vote tant d’électeurs de notre pays, que les intérêts des uns et des autres pays de l’Union peuvent différer.
Vous devrez faire accepter d’étendre à tous les pays de l’Union ce que la France a fait difficilement et pour d’autres raisons il y a maintenant quelques décennies — fermer ses exploitations de charbon. Vous devrez faire admettre que les choix idéologiques et dispendieux de certains pour se substituer à la génération électrique carbonée, ne peuvent s’imposer pour tous les pays de l’Union.
La possibilité de mobilité au sein de toute l’Europe est une grande liberté à préserver. Mais, vous devrez ferrailler avec certaines grandes filières et firmes industrielles pour rendre cette mobilité compatible avec les objectifs collectifs prioritaires.
La rénovation des immeubles d’habitation et tertiaires est une priorité. Elle nécessite des investissements à long terme et faible taux d’intérêt. Il vous faudra convaincre nos partenaires que les facilités ouvertes par les politiques monétaires européennes doivent leur être consacrées et éviter qu’elles n’alimentent des spéculations stériles.
L’économie du vivant doit s’entendre dans tous les sens du terme et s’étendre de la fertilité durable de toutes les terres à l’alimentation et à la bioéconomie. Cet enjeu dépasse et largement la seule prolongation de la Politique agricole commune.

Les électeurs français, tous âges confondus, l’ont exprimé : ils sont attentifs à la fragilité du monde et aux politiques que cette vulnérabilité requiert. Le monde des affaires aussi attend une action politique à la hauteur des défis environnementaux. La France en a besoin, l’Europe a besoin de la France et la planète a besoin d’une Europe forte.

André-Jean Guérin – The Shift Project
Manifeste pour décarboner l’Europe


Voir en ligne : En Marche vers une Europe du 21ème siècle, la tribune d’André-Jean-Guérin et du Shif project à l’adresse d’Emmanuel Macron

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