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Manger ou rouler, faut-il choisir ?

lundi 23 janvier 2017, par André-Jean

Hybris

  • qualifiées ainsi, par celles de nos enfants ou petits enfants, nos générations avaient cru pouvoir exploiter de façon indéfiniment croissante des ressources constituées pendant des centaines de million d’années ? Grave démesure ! La Corne d’abondance offre, elle, une production durable. Il fallut y revenir.
  • dénoncé : « On est foutu, on mange trop » Souchon et Carlos auraient-ils été visionnaires dès 1978 ?
  • constaté : Le scénario RCP2,6 du GIEC, le seul à permettre l’objectif de maintien en dessous de 2°C en 2100, exige de ne pas émettre plus de gaz à effet de serre que les émissions historiques, ce qui impose d’exploiter moins des 2/5e des réserves fossiles certaines et moins du 1/5e des ressources probablement accessibles !
  • encore ? Trop de focalisation dans les approches, insuffisante prise en compte des liens entre domaines ; trop d’organisations en silo, insuffisantes vues transversales et ensemblières, difficultés à appréhender la complexité évoquée par Edgar Morin.

Attirer notre attention :

Aujourd’hui, les autorités sanitaires mondiales, européennes et françaises attirent l’attention sur la morbidité et la mortalité probables liées aux déséquilibres et excès alimentaires. Une majorité d’Européens et d’hommes en France seraient déjà en surpoids et les projections de l’OMS à l’horizon 2030 laissent craindre une crise d’obésité extrêmement grave en Europe [1]. Plusieurs pathologies sont liées aux modes alimentaires (diabète, maladies cardiovasculaires, cancers du colon, de la vessie, du sein, de la prostate, …) et, associés à l’insuffisance d’activités physique, 55 % des décès annuels leurs sont attribuées [2].

Certaines études révèlent des consommations de graisses en France parmi les plus importantes en Europe et avec une nette prédominance pour les matières grasses d’origine animale, comme en Europe du Nord et du Centre. Il en résulte une consommation en matières grasses saturées plus importante en France, ainsi qu’une absorption relativement élevée de cholestérol. [3]. Ces travaux alimentent les débats et des polémiques autour des incidences sanitaires bénéfiques ou néfastes de la plus ou moins grande consommation de produits animaux et du type de produits animaux consommés. En revanche, ils semblent bien laisser ouverte la possibilité de prolonger la réduction de cette consommation.

Par ailleurs, l’ADEME nous apprend que, en France, les pertes occasionnées par la production, la distribution et la consommation d’aliments consommables par les hommes s’élèvent à près de 10 millions de tonnes de produit (soit près de 150 kg/personne/an). Le gaspillage alimentaire (pertes du secteur de la distribution et la consommation) représente 4,7 millions de tonnes (47%) soit 70kg/personne/an [4]. A l’échelle européenne, la FAO en 2011, estimait les quantités d’aliments consommables par les hommes mais non consommés à 280 kg/pers/an. Les écarts paraissent considérables et demandent explication. Mais les ordres de grandeur justifient les politiques engagées pour réduire ces pertes.

L’enjeu climatique majeur auquel nos sociétés sont confrontées oblige à examiner chacune des voies de réduction des émissions de gaz à effet de serre ainsi que celles qui permettent de les capter et séquestrer. L’agriculture engendre 12 % des émissions en Europe (18 % en France), principalement du fait de l’élevage. L’ensemble des émissions liées à l’alimentation pourrait représenter jusqu’à 30 % des émissions brutes dans l’UE. Ces émissions sont largement dues à la consommation de produits animaux qui pourtant ne représentent qu’une faible part des apports caloriques.

Le secteur des terres (UTCF selon le sigle de la convention climat), par photosynthèse, absorbe en CO2 environ 7 % des émissions annuelles de l’Europe. L’augmentation des surfaces forestières et leur sous-exploitation en sont la principale raison. Ce secteur des terres pourrait faire plus. C’est le sens du programme de recherche international 4‰ lancé par le Ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll en 2015 avec des pratiques agronomiques qui favoriseraient le stockage de carbone dans les sols. La réduction des productions animales permettraient également une évolution vers des utilisations des terres contribuant à la séquestration du carbone.

Enfin, l’utilisation accrue d’un carbone biogénique renouvelable en substitution à des matériaux et produits fortement émetteurs de gaz à effet de serre pour leur extraction, leur fabrication et leur utilisation est également une voie pour contribuer au respect des objectifs pris avec l’accord de Paris en 2015. Cette voie plaide pour un accroissement et une réorientation massives de la production de biomasse.

Imaginer un horizon :

Chacune de ces vues fait l’objet de descriptions plus ou moins précises. De nombreuses études en attestent. Peut-on les rapprocher et chercher à les articuler ? Certaines initiatives avancent dans ce sens :

Aller plus loin :

Demanderait de constituer un groupe de travail pour examiner les potentialités et les limites, les bénéfices et les coûts (non uniquement financiers), les éventuels voies et moyens, de politiques visant une réaffectation de l’utilisation des terres qui préserve la sécurité alimentaire, l’équilibre nutritionnel tout en favorisant une séquestration du carbone et une plus forte utilisation d’un carbone biogénique renouvelable. Le périmètre pourrait être la France, éventuellement l’Europe, l’horizon le milieu de ce siècle, l’objectif développer et exposer des propositions d’ici fin 2018.


Voir en ligne : Manger ou rouler, faut-il choisir ?


[2Prévalence du surpoids, de l’obésité et des facteurs de risque cardio-métaboliques dans la cohorte Constances. « Les avancées de la recherche ont précisé le rôle que jouent l’inadéquation des apports nutritionnels et l’insuffisance d’activité physique dans le déterminisme de nombreux cancers et maladies cardio-vasculaires, qui représentent plus de 55 % des 550 000 décès annuels en France. » indique le Programme national nutrition santé 2011-2015

[3European Journal of Clinical Nutrition (2009) 63, S61–S80 ; doi:10.1038/ejcn.2009.75 - Dietary fat intake in the European Prospective Investigation into Cancer and Nutrition : results from the 24-h dietary recalls

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