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Défi alimentaire à l’horizon 2050, des solutions sont possibles

vendredi 2 janvier 2015, par André-Jean

La capacité de l’humanité à se nourrir à long terme est menacée par la fragilisation des bases de la production agricole (moindre qualité des sols, raréfaction des ressources en eau, perte de biodiversité, effets du changement climatique…). Les surfaces cultivables sont actuellement peu extensibles [1] à l’échelle planétaire car elles sont concurrencées par l’artificialisation des sols liée notamment à l’urbanisation et par l’essor des usages industriels et énergétiques de l’agriculture (agrocarburants…). Dans le meilleur des cas, la FAO [2] estime que la surface agricole utile pourrait être étendue de 5 %. De même, les rendements élevés obtenus ces dernières décennies grâce à l’agriculture chimique, vont certainement plafonner car ils sont issus de procédés non durables générant notamment des excédents d’azote…
En outre, l’analyse du défi alimentaire ne peut se suffire d’un examen de l’évolution de l’offre. Face à l’offre mondiale de produits agricoles et alimentaires, se dresse une demande très dynamique depuis les années 1990, c’est-à-dire depuis l’insertion des pays émergents dans l’économie mondiale. La demande émanant des pays d’Asie, et singulièrement de la Chine, conduit les experts à s’interroger sur les conditions dans lesquelles la population mondiale va se nourrir d’ici à 2050. Elévation des niveaux de vie, urbanisation, contraintes sanitaires (mélamine dans le lait par exemple), autant de facteurs contribuant, avec la diminution des surfaces cultivables en Chine, à faire de ce pays l’un des tout premiers importateurs de produits agricoles et alimentaires. Le déficit commercial chinois agroalimentaire ne cesse d’ailleurs de se creuser depuis le début des années 2000.
La menace d’une crise alimentaire majeure dans les toutes prochaines décennies ne peut malheureusement être exclue. Dans une telle perspective, l’état de l’agriculture française constitue un atout. Il s’agit, en effet, d’une agriculture pouvant contribuer aux grands équilibres vitaux de la planète, sur bon nombre de produits végétaux et animaux. Sur le plan des productions végétales, l’agriculture française est un des pays dont les variations de la production de céréales sont parmi les plus faibles du monde.

Variations annuelles de la production céréalière mondiale
Source FAO — écart relatif entre la récolte la plus importante et celle la plus faible au cours des dix dernières années selon les régions du monde.

Ce contexte appelle à mobiliser les diverses possibilités d’améliorer la disponibilité alimentaire finale des consommateurs. Pour y parvenir, plusieurs pistes pragmatiques et durables peuvent être envisagées :

  • lutter contre les gaspillages afin de compenser en partie la stagnation des rendements agricoles. Selon, la FAO 30 % des récoltes sont perdues, faute de moyens de stockage ou de transports dans les pays du sud, sous forme de rebut de l’industrie agroalimentaire et de produits non consommés dans les pays du nord ;
  • modifier les régimes alimentaires qui sont de plus en plus riches en protéines animales au fur et à mesure de l’élévation du niveau de vie des populations. A défaut d’adopter un régime alimentaire moins carné, il faudrait accroitre sensiblement la production céréalière destinée à nourrir les animaux d’élevage ;
  • réfléchir aux pratiques agricoles afin de développer des modes de production utilisant mieux les potentialités de la nature. De nombreuses expérimentations existent à l’échelle planétaire - le remplacement du labour par des semis directs sur des terres recouvertes en permanence par de la paille limitant les besoins en engrais ; la plantation de variétés qui produisent des substances naturelles se substituant aux insecticides ; le retour des haies autour des champs pour diminuer le ruissellement des pluies…

Concernant cette dernière piste, on connaît mieux aujourd’hui le potentiel de l’agriculture « à haute intensité environnementale ou écologiquement intensive » qui produit « plus et mieux avec moins ». Selon Bruno Parmentier, « l’idée de base consiste à remplacer la plupart des apports artificiels (labour, engrais, pesticides) par des apports naturels. Faire faire par les plantes ; les animaux auxiliaires de culture (vers de terre, abeilles, coccinelles...) ; les bactéries, champignons... ; ce qu’auparavant, on confiait à la machine et à la chimie » [3].
Un exemple :
Itinéraires agronomiques à bas intrants en grandes cultures dans l’Aube [4]

L’agro-écologie associe le développement de l’agriculture à la « protection-régénération » de l’environnement naturel. Les techniques agro-écologiques incluent le contrôle biologique (lutte contre les maladies et les indésirables par des prédateurs naturels), l’agroforesterie (arbres et cultures sur les mêmes parcelles de terre), le stockage naturel de l’eau, les cultures intercalaires, l’utilisation de fumier biologique ou encore le mélange culture-bétail. Toutes ces techniques ont pour caractéristique commune le faible- voire zéro- recours aux intrants extérieurs (engrais chimiques et pesticides). Ces techniques culturales, comme le semis direct, permettent notamment de renouveler les sols en encourageant l’usage de phytosanitaires naturels (neem, caelcedra, cassia amara, cendres de bois…). Ces méthodes favorisent aussi une fertilisation organique, la constitution de haies vives abritant la biodiversité ou encore le reboisement des surfaces.
L’agroforesterie : une solution viable


[1Une progression des surfaces cultivées passerait à l’avenir par la disparition définitive de la forêt amazonienne ou des savanes africaines. L’exploitation des terres vierges n’apparait non plus comme la solution miracle car n’étant plus productives, leur mise en valeur nécessiterait des investissements lourds aux retombées incertaines.

[3Bruno Parmentier est ancien directeur de l’École supérieure d’agriculture (ESA), ingénieur des mines et économiste, il est l’auteur d’un ouvrage de référence, Nourrir l’humanité, sur le défi alimentaire. Il en décrypte, dans cette interview accordée à la chaine Arte le 21/6/2012, les enjeux.

[4Extrait d’une étude conduite par Guillaume Benoit au Conseil Général de l’Alimentation, de l’Agriculture et des Espaces Ruraux – La France et ses campagnes 2025-2050 – Regards croisés filières et territoires, juin 2013.

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