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Électricité solaire massive, Court-termisme et autarcie

mardi 26 août 2014, par André-Jean

C’est le sous-titre du livre de Denis Bonnelle. Le titre, La Poule aux œufs d’or, est moins explicite.
La Chaire Economie du Climat organise le vendredi des Friday Lunch Meeting. Celui du 3 juillet était consacré à Le photovoltaïque mondial : quatre interrogations et un plan d’actions. Denis Bonnelle y a exposé la thèse de son livre.

Denis Bonnelle se présente comme physicien, énarque, et auteur de livres sur les énergies renouvelables.
« Si nous négocions avec précision le virage à haut risque qui se présente devant nous, écrit-il, l’électricité solaire peut, dans quelques années, devenir gratuite, c’est à dire pas plus chère qu’une autre.
Mais, ajoute-t-il, aurons-nous la sagesse de ne pas chercher à l’émietter à l’infini au motif que l’énergie solaire est naturellement décentralisée ?
Court-termisme, autarcie… C’est dans les détails que se cache le diable. »

Le photovoltaïque mondial : quatre interrogations et un plan d’action
Présentation de Denis Bonnelle auprès de la Chaire économie du climat le 3 juillet 2014.

Ces quelques lignes résument bien l’intention de l’auteur. Celui-ci donne sa vision de la crise économique actuelle dont il explicite des origines environnementales et énergétiques. Il analyse ensuite certaines caractéristiques de la future production en très grande série des matériels photovoltaïques, de son financement et des facteurs coûts. Il aborde la question controversée de la variabilité de la production photovoltaïque (PV), et de son raccordement au réseau. Il développe la complémentarité avec le solaire à concentration. Enfin, il s’attache à formuler quelques suggestions pour développer des outils d’aide à la décision dans le domaine abordé.

On l’aura compris, l’auteur veut se placer dans le long terme, celui de la transition énergétique, celui des investissements correspondants, celui de la restructuration des réseaux. Il analyse attentivement les possibilités de bifurcation ouvertes par la massification de l’utilisation de l’énergie solaire avec la baisse des coûts de production des panneaux. « L’idée centrale de ce livre est que, dès lors que ses coûts semblent bien être enfin sur une pente vertueuse, le déploiement de l’électricité renouvelable doit maintenant être massif. »

Augmenter la production PV, non pas d’un facteur 10, mais d’un facteur 100 à l’horizon 2050, telle est l’ambition. La perspective rejoint celle exposée par le GIEC [1] en matière d’énergie renouvelable, ou encore celle du projet ZCB [2], mais à l’échelle mondiale et en s’exonérant d’une bonne partie des contraintes de consommation imposée dans ZCB ou dans la vision de Négawatt [3]. Développement massif du renouvelable intermittent, s’accompagne d’une nécessité de transfert et de stockage massifs de l’énergie produite ou consommée. C’est l’une des parties les plus intéressantes de l’ouvrage et sans doute des plus discutables.

L’une des qualités de ce petit livre, et non la moindre, est apportée par la double compétence, technique et économique de l’auteur. Une autre est sa grande audace dans une forme modeste. Au total, un essai qui a des arguments pour changer les perspectives en faveur de l’énergie solaire.


Voir en ligne : La Poule aux œufs d’or

Messages

  • Oui le solaire va se développer massivement avec la baisse rapide de ses couts qui a largement débutée du reste
    Comme toutes les innovations, on peut la qualifier au sens de schumpeter d’innovation destructrice.
    le problème avec le solaire est c’est son principal paradoxe est que à l’inverse des autres innovations considéres comme vertueuse par le changement technologique qu’elles introduisent, le solaire ne pourra pas remplacer les énergies qu’il va détruire et surtout l’ensemble du système énergétique qu’il destabilise et démolit (cette démolition a déjà commencé en Europe ) A cause de l’intermittence il a besoin d’une béquille, d’une béquille énergétique pour remplacer les quantités massives qu’il ne peut produire pendant la nuit et une grande partie de la journée suivant la météo
    A cause de la baisse des couts, il détruit de plus en plus le système énergétique dont il a pourtant besoin pour assurer la perrenité de l’énergie nécéssaire à la société et je ne parle pas des subventions qui aggravent ce phénomène d’auto-destruction.

    Pour maintenir un système énergétique disponible en cas de vacances du solaire, il faudra à rebours subventionner ce système pour le maintenir economique et productif. Auttrement le solaire va définitivement scier la béquille qui le tient ou "scier la branche sur la quelle il est assis" comme le dit la sagesse populaire.
    Il devient alors légitime que ce soit le solaire qui soutienne, subventionne ce système énergétique comme le prix à payer pour garantir l’assurance d’une production permanente
    Le phénomène sera viral : plus les couts vont baisser plus le solaire se développera au détriment de tous les autres systèmes énergétiques et plus le solaire devra en subventionner certains pour les maintenir à flot ; ce qui veut dire que les couts du solaire doivent baisser doublement pour se développer massivement d’une part car il devra se payer et payer la maintenance et le developpement de ces autres systèmes énergétiques

    Du coup, une étude prospective doit etre conduite pour voir s’il n’est pas plus raisonnable de limiter, de réguler le développement du solaire malgré la baisse rapide de ses couts pour atteindre un optimum économique global des systèmes énergétique car bien entendu le rêve du stockage de l’énergie ne sera pas forcement au rendez-vous
    Il est fort probable que le solaire se développe de façon massive plus rapidement que n’apparaissent les technologies et le développement économique du stockage de l’énergie faisant du solaire une véritable innovation destructrice (au sens premier du terme cette fois) du système énergétique ; ce qui bien entendu ne serait pas acceptable du point de vue du bien-etre de la société.

    Dominique Chauvin
    Prospectiviste

    • Tes remarques sont essentielles. Merci Dominique.
      Toutefois, une des qualités de ce petit ouvrage est bien de les aborder et d’y répondre. Contre ceux qui, se réjouissant de la dispersion de l’énergie solaire, prônent un système électrique décentralisé, Denis Bonnelle affirme au contraire que le développement de l’énergie solaire à la hauteur des enjeux climatiques nécessite un renforcement des réseaux et une coordination de ces réseaux à l’échelle continentale (plusieurs milliers de km pour être au-delà de la taille d’une perturbation météorologique sous nos latitudes). Il écarte à ce titre l’espoir d’une stockage massif par recours à l’hydrogène, ce que confirme la récente note sur ce sujet de France Stratégie (Y a-t-il une place pour l’hydrogène dans la transition énergétique ?->http://www.strategie.gouv.fr/publications/y-t-une-place-lhydrogene-transition-energetique). Il suggère dans ce sens d’abandonner le courant alternatif au profit de réseaux en courant continue ce qui faciliterait la stabilité des réseaux à grande échelle et les transports de puissances encore plus massives. Il propose d’augmenter massivement les stockages gravitationnels avec des considérations de coûts compatibles avec une intermittence accrue.
      Encore une fois, c’est certainement la partie la plus discutable du livre, mais au moins la question n’est pas éludée.

  • Bonsoir,
    Certes, ce petit livre a de grandes qualités, celles que vous avez mises en lumière et que je ne répèterai pas. Je ferai cependant les remarques suivantes :
    1. C’est d’abord une explication technique détaillée, faite par un ingénieur, agrémentée d’un peu d’économie. Mais elle ignore totalement un certain nombre de difficultés d’ordre humain qu’il ne faut pas balayer d’un revers de main.
    2.Par exemple, mettre des centrales solaires à concentration partout dans le Maghreb et le Sahara : peut-on raisonnablement ignorer les populations locales, l’isolement et la dangerosité des lieux, propices à tous les sabotages imaginables ?
    3. Sur le plan disons moral, "coloniser" à nouveau l’Afrique en lui faisant produire de l’électricité au seul bénéfice des nations européennes, est-ce vraiment envisageable ? (voir la carte des centrales et du réseau pour tout rapatrier vers le nord)
    4. Il me paraît déraisonnable également d’envisager un stockage massif centralisé (Norvège, Lac Erié-Ontario) pour des énergies par nature décentralisées (malgré la justification faite du maintien des réseaux et de l’opposition à l’autoproduction). Cela rejoint d’ailleurs la question du captage et de l’enfouissement du CO2, où les sites d’enfouissement, en nombre restreint, sont à des milliers de km des lieux de production répartis un peu partout.
    5. Que ce soit l’éolien ou le photovoltaïque, l’énergie produite est de l’électricité. Cela ne convient pas, ou mal, à l’industrie lourde (acier, fonderie, ciment) qui nécessitent des énergies concentrées à haute température. Même si c’est au final minoritaire, il ne faut pas oublier ce point qui est vital.

  • J’ai enfin lu le livre de Denis pendant ces courtes vacances
    Il y parle, de façon détaillée et structurée de photovoltaïque et de solaire concentré ; soit !
    Mais, il y a beaucoup plus que cela dans ce livre
    Il y a la clé du raisonnement paradoxale et contradictoire de cette transition énergétique. Comme tout raisonnement paradoxal, il n’est pas sur qu’il soit compris. Tel est bien le problème pour faire que cette transition soit enthousiasmante, créatrice de valeurs et partagée par tous. Le risque le plus grand n’est pas que les impatients se jettent sur la "poule aux œufs d’or" pour lui ravir son trésor n’ayant pas compris le processus interne de sa création de valeur comme le suggère Denis par son titre ; mais bien que cette poule aux œufs d’or, mal positionnée et mal environnée dans la synergie qui crée sa valeur, ne produisent au final que des œufs isolées et stériles pour son écosystème énergétique.

    Dominique Chauvin
    Prospectiviste
    26 octobre 2014

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